LE STYLE CHOY LI FUT
Les caractéristiques du style
Le Choy Li Fut est un style du Sud de la Chine, descendant du Temple de Shaolin du Fukien. C’est un style de synthèse dans lequel on retrouve des éléments du Sud mais aussi du Nord. Réputé comme un style idéal pour former rapidement de très bons combattants, son étude repose essentiellement sur les formes (taos). Il y a plus de 110 formes, souvent très longues (entre 350 et 500 mouvements), chacune développant un aspect particulier. Il existe par exemple des formes de travail au sac codifiées : une pour former la surface extérieure des poings, une pour les tranchants, une pour les techniques de pieds, des formes de travail à deux, etc.
Le principe du travail repose sur l’énergie cinétique : c’est la vitesse au moment de l’impact qui crée la puissance. La taille et les épaules sont la clé de ce travail ; des formes de base spécifiques sont destinées à l’assouplissement de ces deux articulations. D’autres formes, travaillées avec des poids, développent la vitesse des bras. On dit que les bras travaillent selon les mouvements de la corde dardée (pas de force dans la corde, explosivité de la pointe).
Les deux courants possèdent de légères différences. Pour le courant australien de Chan Yong Fa, le mouvement est continu et s’accélère progressivement : les taos comme Tuet Jin Kun ou N’Ying Kuen démarrent sur un premier rythme puis accélèrent dans la seconde partie, ce qui crée un mouvement « tourbillon » difficile à suivre du regard.
Les origines du Choy Li Fut : la formation de Chan Heung
Le style fut créé en 1836, ce qui en fait un style récent et jeune dans l’histoire des arts martiaux chinois. Né dans la province de Kwangtung, dans le district de San Wui (village de Gung Mui), Chan Heung — aussi connu sous le nom de Din Ying — en fut le créateur. Il apprit dès l’âge de 7 ans sous la direction de son oncle Yuen Woo, ancien moine du Temple de Shaolin du Fukien.
Lorsque Chan Heung eut 17 ans, son oncle l’envoya étudier auprès de Li Yau San, un autre ancien moine, de la génération au-dessus de lui. Il travailla avec lui pendant 10 années. Finalement, ce deuxième maître lui conseilla d’aller voir un autre moine de Shaolin, Choy Fok, qui vivait reclus sur une montagne, entièrement consacré à la spiritualité. Il semble probable qu’il s’agissait d’un moine du Shaolin du Nord et de l’un des 5 rescapés légendaires de l’incendie de Shaolin.
L’apparentement de ce moine avec le Shaolin du Henan expliquerait la synthèse du Choy Li Fut.

Chan Heung
1806 – 1875
À cause de sa démarche spirituelle, Choy Fok ne voulait plus enseigner. Chan Heung eut beaucoup de mal à se faire accepter, malgré ses lettres de recommandation. Il parvint un jour à participer aux prières : aussi priait-il avec Choy Fok le jour et s’entraînait-il en secret la nuit. Un matin tôt, alors que Chan Heung travaillait son Kung Fu, le vieux moine apparut et le regarda. Il lui demanda si, finalement, c’était le mieux qu’il puisse faire… Puis, pour éprouver sa valeur, il lui demanda s’il pouvait envoyer d’un coup de pied un rocher de 40 kg à 4 mètres de là. Chan Heung, un peu choqué par une telle demande, rassembla ses forces et donna un formidable coup de pied dans le rocher. Son pied s’écrasa douloureusement contre le caillou, mais l’envoya bien à 4 mètres de là.
Choy Fok plaça alors en silence son pied sous le lourd rocher et le propulsa sans effort dans les airs…
À partir de ce jour débuta l’apprentissage de Chan Heung. Le vieux moine accepta d’enseigner à son disciple la voie du Bouddhisme associée à celle de l’art martial — ce qui explique le côté très religieux du style. Après 8 années d’étude avec ce dernier maître, Chan Heung retourna dans son village et travailla encore 2 années, seul, pour perfectionner son style.
Les bases du Choy Li Fut
En 1836, Chan Heung décida de créer son propre style et en jeta les bases. Il l’appela Choy Li Fut — un nom qui rend hommage à ses trois maîtres et à leur héritage :
- Choy en l’honneur de son maître Choy Fok
- Li en l’honneur de son maître Li Yau San
- Fut qui désigne le Bouddha en chinois
Chan Heung eut la chance de bénéficier d’enseignements complets et complémentaires. Son oncle Chan Yuen Woo lui avait enseigné le Fut Gar, Li Yau San la médecine chinoise, et Choy Fok le Bouddhisme ainsi que le style Hung Gar. Il est cependant paradoxal qu’un moine du Shaolin du Nord ait enseigné le Hung Gar : c’est la seule incohérence de l’histoire de ce style — peut-être parce que le Hung Gar a des racines plus marquées qu’on ne le pense, à moins que ce ne soit une volonté de rattacher le Choy Li Fut à la grande tradition de Shaolin.
La vie de Chan Heung
Chan Heung rejoignit l’armée pour lutter contre les Britanniques et ne retrouva sa famille qu’en 1842, après la défaite de la Chine. Il soutint alors les rebelles des différentes Triades qui luttaient en secret contre les Ching. Cependant, son côté bouddhiste lui interdisait toute forme de violence. Quand le gouvernement impérial recruta de force des hommes pour lutter contre les Triades, il s’enfuit de son village avec sa femme et ses 2 enfants pour s’installer dans le Sud. Pour vivre et pour lutter contre les forces mandchoues, il fut obligé de créer une école de Choy Li Fut. Il donna à ses partisans un signal secret : un pratiquant de Choy Li Fut devait crier Yak en frappant du poing, Wak en frappant avec les griffes du tigre et Dik en donnant des coups de pied.
En 1864, le royaume de la Triade s’effondra et Chan Heung quitta la Chine pour les États-Unis, où, à 59 ans, il devint le professeur de la famille Chan outre-mer. Après 4 années d’exil, il revint dans son village, où il découvrit que son Kung Fu était devenu populaire, comme dans tout le sud de la Chine.
Chan Heung mourut en 1875, à 69 ans…
Le développement
Après la mort de Chan Heung, ce sont ses deux fils, Chan On-Pak et Chan Koon-Pak, qui reprirent l’enseignement.
Chan On-Pak, le plus âgé, avait la nature d’un érudit. Sa spécialité était la lance, où sa force lui avait valu le surnom de Chueng Ng Mui Fa (« les 5 fleurs de prunier avec la lance »). Deux de ses élèves, Cheng Si Leung et Chan Siu Bak, aidèrent les révolutionnaires de Sun Yat Sen contre la Chine impériale.
Chan Koon-Pak, quant à lui, quitta le village de King Mui pour devenir marchand à Kong Moon. Cependant, sa réputation d’artiste martial se propagea si fort qu’il dut abandonner son métier pour se consacrer uniquement à l’enseignement. Il établit son école à Canton.

Chan Koon Pak
1857 – 1916
Chan Heung eut 18 disciples originels. Dès 1848, les premiers d’entre eux commencèrent à enseigner le Choy Li Fut dans le sud de la Chine :
- Lun Ji-Choi ouvrit une école dans le Kwangsi
- Chan Din-Yao et Chan Din-Fune en ouvrirent une autre dans le Futsan
- Chan Dai-Yup à Kwang Chow
- Chan Din-Sing à Chung San
- Chan Mau-Jong à Poon Yu
- Chan Din-Bong à Tung Kong
- Chan Din-Wai à Hoi Ping
- Chan Din-Jen à Toi San
- Chan Sun-Dong à Yen Ping
- Chan Din-Duh à Hok San
- Chan Yin-Yu à Gong Moon
En 1867, Jeong Yim reprit l’école de Fu San et créa le style Hung Sing du Choy Li Fut. Disciple direct de Chan Heung, ce dernier l’avait introduit auprès du moine Chin Cho dans la province de Guangxi. À son retour, Chan Heung et lui codifièrent complètement le style.
L’appellation Hung Sing ne désignait pas un style, du temps de Jeong Yim, mais un courant qui regroupait les pratiquants membres des groupes révolutionnaires. Sa signification s’est déformée à la 3ᵉ génération d’élèves de Jeong Yim, ce qui a donné l’apparence de deux écoles de Choy Li Fut : celle de Jeong et celle de Chan Koon-Pak.
Parmi ses 5 disciples, l’un — Louie Chun — adopta à son tour un élève, Tam San, qui ouvrit une école à Kwangchou dans le district de Siubak : ce fut le Bak Sing Choy Li Fut. Un autre disciple indirect de Jeong Yim créa le Pei Sing Choy Li Fut. Aujourd’hui, et depuis 1979, la plupart des écoles de Choy Li Fut se sont mises d’accord sur un système unique, et les termes de Hung Sing ou Bak Sing ne désignent plus que la filiation. Jeong Yim est parfois appelé Jeong Hung Sing…
Le Choy Li Fut aujourd’hui
De nos jours, les écoles de Choy Li Fut se sont regroupées en fédérations internationales. Il en existe deux principales :
La Fédération de l’Art martial Choy Lee Fut, établie en Australie et dirigée par maître Chan Yong Fa (disciple de la 5ᵉ génération). Cette fédération recouvre l’Allemagne, l’Australie, le Brésil, l’Espagne, les États-Unis, la Finlande, l’Irlande, le Liban, la Pologne, la Norvège, le Portugal, le Royaume-Uni, la Roumanie, l’Afrique du Sud et certains pays d’Europe de l’Est.
La Fédération Internationale de Choy Li Fut, qui recouvre les États-Unis (d’où elle est partie), l’Espagne et le Royaume-Uni. Son président est Doc Fei Wong (disciple de la 5ᵉ génération).
Chaque école légitime possède son autel des ancêtres, avec un petit couplet de Chan Heung qui définit l’art martial.

Généalogie : la filière du Cercle Thieulâm
Chan Heung
Chan Koon Pak
Chan Din Duk
Chan Ta Shun
Chan Yiu Chi
Chan Kit Fong
Chan Sun Chu
Chan Wan Hon
Chan Yong Fa (Australie)
Gaspar J. Garcia (Espagne)
Christian Grolier (Espagne)
Roberto Batazaqui (Espagne)
Jean Paul Cabrol
Philippe Ferrand